L'exploitation minière et le droit à l'eau

La réalisation du droit humain à l'eau implique l'obligation de protéger la source d'eau.

Florence Higuet, IERPE, Belgium
Published: 4 years, 7 months ago (10/10/2013)
Updated: 3 years, 12 months ago (05/26/2014)

Actuellement, de nombreux projets miniers posent question quant à leur impact sur les ressources naturelles, et plus spécialement sur l'eau.

Depuis 2011, au nord du Pérou, dans les monts de Cajamarca, les populations locales se battent pour la défense de l'eau face au projet minier Conga de l'entreprise Yanacocha, filiale de la la multinationale américaine Newmont. Le projet Conga menace les ressources hydriques : cinq lacs situés à 4000m d'altitude seraient remplacés par une mine d'or et de cuivre à ciel ouvert, un espace destiné aux déchets miniers et des eaux sales. Or, l'eau de ces lacs alimentent toutes les rivières s'écoulant dans les vallées alentours, qui sont à leur tour utilisées pour l'agriculture et l'élevage local, qui constituent les premières activités économiques de la région. Après de nombreuses manifestations réprimées violemment et causant la mort de 5 manifestants, le projet avait été suspendu. Mais depuis quelques mois, la lutte a repris, les dirigeants de Conga ayant l'intention de construire des réserves d'eau tel que le réservoir du Perol afin de démontrer aux habitants que le projet minier est sans risque pour leur approvisionnement en eau. Les populations locales qui craignent le remplacement de lacs naturels, jouant un rôle central dans l'écosystème environnant, par des réserves artificielles d'eau ont mis en place des campements autour des lacs afin de bloquer l'accès pour le développement du projet minier. Récemment, plusieurs actes de violence à l'encontre des « gardiens des lacs » ont eu lieu. La collusion des pouvoirs publics, la criminalisation de la lutte du peuple et la violation du droit des peuples à disposer de leurs ressources sont à l'ordre du jour.

En 2008, à 8 km en amont de la communauté de Caimanes, au Chili était construit le réservoir de déchets miniers du Mauro qui reçoit les résidus de l'extraction de cuivre effectuée par la compagnie Los Pelambres, une filiale du groupe britannique Antofagasta Minerals PLC. Ce réservoir est lourd de conséquences pour la qualité et la quantité d'eau présente dans la région ; l'accès des populations locales à l'eau est en jeu. La circulation de l'eau dans la vallée a été fortement perturbée, à un point tel que depuis plusieurs mois, la communauté est réduite à s'approvisionner en eau auprès de fournisseurs externes qui acheminent de l'eau potable par camions, le puits local ayant été asséché. L'entreprise concernée tente de résoudre le problème en forant de nouveaux puits plus profonds, mais c'est oublier que la contamination des eaux par les métaux lourds en provenance du réservoir est plus importante dans les nappes phréatiques profondes.

Il y a quelques mois, la communauté de Caimanes a gagné un procès intenté à l'encontre de ses avocats et du dirigeant de leur Comité de Défense. En juillet 2013, la Cour suprême du Chili reconnaissait qu'il y avait un risque sismique pouvant entraîner l'effondrement du mur de retenue du réservoir, et l'ensevelissement de la communauté sous les déchets toxiques. De même, la non-protection du patrimoine archéologique par l'entreprise a été soulignée par la Super-intendance de l'environnement du Chili. Le Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies a également été interpellé plusieurs fois à ce sujet.

Malgré les différentes interpellations des dirigeants du groupe par les populations concernées et des activistes, et quelques victoires judiciaires, l'entreprise nie toujours les incidences de ses activités sur l'eau. Les violations des droits de l'homme, les dangers et les risques du projet, et la criminalisation sociale des habitants se poursuivent.

Ces deux projets qui soulèvent maintes questions quant à la protection et le statut des sources d'eau ne sont pas isolés : dans le monde, de nombreuses exploitations minières controversées conduisent à des conflits environnementaux et sociaux. Ils amènent à constater l'exacerbation de la pression de l'industrie extractive sur l'environnement, tout particulièrement sur les ressources hydriques. L'accès des populations autochtones à la ressource naturelle est ainsi menacé. Le continent d'Amérique latine fait spécialement l'objet de la prédation de l'industrie mondiale minière.

Le rôle des autorités publiques dans ces affaires n'est pas clair : entre protection de leurs citoyens et de l'environnement, et défense d'intérêts économiques divers, trop souvent, ces derniers l'emportent.

Or, dans son observation générale n° 15 sur le droit à l'eau, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels enjoint aux États de protéger les sources d'eauCESCR, Obs. géné. N° 15 (2002), Le droit à l'eau (art. 11 et 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels), § 25, http://www.unhcr.fr/4ba352cc6.html (01-10-2013).. Cette obligation de protection de la ressource naturelle établit donc un lien explicite entre la protection de l'environnement et la concrétisation du droit humain à l'eau. De même, le Comité souligne l'importance de l'accès aux ressources en eau pour l'agriculture afin de réaliser le droit à une nourriture suffisanteIdem, § 7..

Le droit des peuples à disposer de leurs ressources naturelles dans sa dimension socio-économique et le droit à l'eau sont donc ici mis en cause. Des mesures doivent être prises par les pouvoirs publiques internationaux vis-à-vis des États concernés afin que de tels projets soient arrêtés ou adaptés, en concertation avec les populations locales, afin d'assurer la protection des droits de l'homme et des écosystèmes.

Prochainement, dans la partie concrétisation de RAMPEDRE, une thématique sur le droit à l'eau et les mines sera ouverte.

A ce propos, le Centre Avec organise une conférence "Cajamarca (Pérou) : quand l'avenir se débat autour de l'eau et des mines", le mardi 22 octobre, à 18h à Bruxelles, en Belgique (31/4, rue Maurice Liétart). Pour plus d'informations, voyez http://www.centreavec.be/table-ronde-4

Pour mieux connaître ces deux affaires et d'autres exploitations minières problématiques, voyez également les vidéos et articles suivants :

Sur le projet Conga

Articles

http://www.fame2012.org/fr/2013/08/18/antofagasta-minerals-actions-dangereuses/

http://www.aldeah.org/fr/contamination-miniere-la-communaute-de-caimanes-au-chili-continue-d-etre-mise-en-danger-et-de-voir-n

http://www.france-libertes.org/Contamination-miniere-la.html

Vidéos (español)

http://aldeah.org/es/milton-sanchez-habla-del-proyecto-minero-conga

http://aldeah.org/es/vivir-y-resistir-4000-metros-de-altura-la-familia-chaupe-en-conga

http://aldeah.org/es/criminalizacion-de-la-protesta-en-peru (Abogada Mirta Vasquez)

http://aldeah.org/es/conga-un-ano-de-resistencia-pacifica (Nicanor Alvarado y Raquel Neira)


http://aldeah.org/es/10-fame-2012-agua-y-mineria-conga-no-va-raquel-neyra

Sur le réservoir de Mauro (articles)

http://solidaritecajamarca.blogspot.be/

http://www.telesurtv.net/articulos/2013/06/11/mineros-de-cajamarca-llamaron-a-protestar-contra-proyecto-conga-3931.html

La session sur l'extractivisme durant le Forum Alternatif Mondial de l'Eau, à Marseille en 2012

Mine à ciel ouvert de pétrole au Sud de l'Equateur, dans la forêt amazonienne sur le territoire du peuple Shuar (en espagnol)

Mine à ciel ouvert dans le sud de l'Equateur (criminalisation de la protestation) (espagnol)

Exploitation du gaz de schiste en Argentine (espagnol avec sous-titres en français) :

Projet minier en France

Documentaire sur une exploitation minière au Pérou qui a connu une fuite de mercure : « Choropampa: El Precio del Oro. »

Autres vidéos sur l'extractivisme